6 juin 2005

   

 

MEMRI  

 

Un penseur tunisien réformateur : La laïcité est vitale pour l’avenir du monde arabe et musulman.

 

Résumé :

 

Sur plusieurs sites et tribunes progressistes de langue arabe, le penseur tunisien Lafif Lakhdar a publié une analyse sur la nécessité de réformes dans le monde arabo musulman, concluant que la laïcité est vitale pour l’avenir de ce dernier. Elle est la clé de voûte de toute réforme.

 (1) La laïcisation et la modernisation, assure-t-il, sont des étapes dans l’évolution du monde et ne pourront être évitées à la longue. Il estime en outre que la laïcité est la clé d’une citoyenneté à part entière pour les hommes, les femmes, les musulmans comme les non-musulmans, la clé d’une bonne entente de toutes les composantes d’une société.

 

Selon Lafif Lakhdar, la pensée islamiste sommaire et primitive, est impuissante à donner la priorité à la raison humaine sur la raison  divine. Il note que si le combat des islamistes est voué à l’échec, il peut toutefois s’avérer impossible pour certains pays de brûler les étapes, et les pays musulmans devront alors subir le pouvoir islamique avant de désespérer de ses promesses non tenues et d’adopter un régime laïque.

 

Lakhdar souligne que la laïcité n’est pas anti- religieuse: rien n’empêche un Etat arabo- musulman laïque d’autoriser l’enseignement religieux - à condition que ce dernier soit moderne et réformé. En exemple de pays ayant instauré des réformes de l’enseignement, il cite la Tunisie, où l’on enseigne dans la  Zaytouna, université théologique,l’histoire des religion comparée, la sociologie et l’anthropologie  religieuses, la linguistique et la psychologie,  la philosophie moderne parallèlement à la philosophie islamique.

 

Par ailleurs, explique t-il que la laïcité permettra aux pays musulmans de rompre avec les  aspects négatifs de l’islam, tels que l’autocratie et la théocratie, et de s’approprier le legs  positif, tel les courants de pensés rationaliste. A ce propos, Lafif Lakhdar évoque les éléments laïques de l’héritage culturel de l’islam, affirmant que pendant près de 1 400 ans d’histoire musulmane,  les califes sont certes investis du pouvoir temporel et spirituel, mais ce dernier était quasiment théorique et à titre honorifique. De fait, il était l’apanage des oulémas. Pour autant le pouvoir n’était pas laïc. La laïcité relevait alors du domaine de l’impensable.

 

Notant que dans la pratique, le processus de laïcisation s’adaptera à la situation des différents pays musulmans, Lafif Lakhdar estime toutefois que ce sont les femmes et les minorités qui constitueront le moteur de ce processus, vu qu’elles sont les principales victimes des théocraties musulmanes qui sévissent  un peut partout .

 

Il appelle le monde à condamner l’enseignement et les médias à vocation islamistes, souhaitant une Résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sanctionnant l’intervention militaire dans les cas où les islamistes une fois au pouvoir  recourent à la force contre les femmes, les minorités ou ils refusent l’alternance démocratique. Il appelle les organisations mondial et internationales à « considérer l’instruction religieuse dans la plupart des pays arabes et islamiques comme une sorte d’incitation au terrorisme, et les médias religieux actuel comme une incitation  à la haine et à la discrimination religieuse ».

 

La plupart des pays islamiques se laïcisent progressivement.

 

Lafif Lakhdar commence par définir le terme « laïque » comme la séparation du religieux et du politique. Il distingue trois sortes de pays : les théocraties, les Etats laïques et les Etats en voie de laïcisation. Les théocraties dominaient le  Moyen-Age, note-il. De nos jours, le Vatican en est le seul vestige dans le monde chrétien. Dans le monde islamique toutefois, il reste un certain nombre de théocraties : la République islamique d’Iran, l’Arabie Saoudite, le Soudan et, jusqu’en 2002, l’Afghanistan de talibans. La plupart des autres pays islamiques, souligne-t-il, ont entamé à des degrés divers leur processus de laïcisation.

 

Il remarque aussi qu’aujourd’hui, neuf pays sur dix dans le monde, limitent la religion au domaine privé et spirituel, laissant à l’Etat de gérer les affaires politiques - l’Etat qui est régi par des institutions modernes et  des lois et positives . Il remarque qu’ « une théocratie en voie de laïcisation dispose d’une constitution qui stipule que la charia [loi islamique] est la première source de législation. Elle n’accorde pas l’égalité des droits et des devoirs civiques aux femmes, aux musulmans d’autres confessions et aux non-musulmans.

Les femmes et les non-musulmans sont, dans cet Etat de transition vers la laïcité, des citoyens de seconde zone, et parfois même au degré zéro de la citoyenneté. Par exemple, les femmes n’ont pas le droit de briguer la magistrature suprême ou  même  des postes de moindre envergure, elles sont , dans de nombreux Etats musulmans, privées même de leur capacité juridique voire de celle de conduire la voiture. Les citoyens non-musulmans sont encore traités comme des dhimmis de fait  [non musulmans appeler à vivre en terre d’islam dans une situation d’infériorité juridique et financière] (…) L’Etat hybride de transition applique la loi positive dans certains domaines et la charia dans d’autres. »

 

Les musulmans adopteront tôt ou tard la laïcité.

 

Les pays arabes et musulmans ne pourront se soustraire au processus de laïcisation, estime Lakhdar : « L’histoire nous apprend que la laïcité, très répandu dans le monde, ne s’arrêtera pas à la frontière du monde arabe et musulman, dont l’avenir ne saurait se distinguer de celui du reste de l’humanité. L’histoire ne connaît pas d’exception culturelle assez forte pour résister longtemps à une tendance historique de fond. C’est ainsi que les musulmans finiront, comme le reste de l’humanité, par adopter la modernité et donc, la laïcité. »

 

La séparation des domaines religieux et politique, explique Lakhdar, est le produit de la modernité. Il estime que les islamistes qui sont, par définition, traditionalistes, intégristes et anti- modernistes, ne peuvent pas concevoir cette séparation propre à la modernité :

 « La contradiction entre la raison scientifique et la raison  religieuse, entre les droits de l’homme et les droits d’Allah sur l’Homme (c’est-à-dire les obligations religieuses,) c’était ce qui a conduit d’abord l’Occident – et par la suite, le monde – à la laïcité, à séparer le religieux du temporel – séparation qui est une condition sine qua non du progrès et du vivre ensemble. (…)

 

La séparation entre le sacré et le profane est le produit de la modernité. Plus nous remontons le cours de l’histoire, plus les cas de séparation de ce type se font rares, la règle étant que le sacré et le profane étaient autrefois liés l’un à l’autre, notamment au sein des tribus primitives, pour lesquelles tout est sacré : l’histoire de la tribu, ses ancêtres, la grossesse, la naissance, l’accouplement, les rites de la chasse, le comportement quotidien des membres de la tribu (…), les violations étant punies de mort. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que seul un esprit logique développer est capable de relativiser le concept de sacrer (…) tandis que l’esprit primitif n’est pas suffisamment développé pour (…) accepter la  priorité de la raison humaine sur la raison divine (…)

 

L’esclavage psychologique des islamistes à l’égard de leurs ancêtres (Le Prophète, ses Compagnons et les Compagnons de ses Compagnons et les compagnons de ces derniers) paralyse leur pensée critique autant que le culte des ancêtres celle des tribus primitives. La pensée  divine héritée des ancêtres est tout, tandis que la pensée rationnelle produite par notre cerveau n’est rien (…)

 

 

En remontant le cours de l’histoire, nous nous apercevons que le sacré envahit tout (…) Tout est sacré, l’homme n’étant plus qu’un jouet du destin, des dieux, lesquels dirigent arbitrairement tous les aspects de la vie, des plus minimes aux plus importants. Pourquoi cela ? Parce que la pensée rationnelle, qui se base sur la science et la technologie, en était encore à ses premiers balbutiements et n’était pas en mesure de comprendre, d’interpréter voire de changer le monde (…)

 

Toutefois, l’histoire en progrès a toujours cherché à élargir le monde appréhendé par l’esprit humain (…) En limitant le règne absolu des rois, la raison humaine a également limité le règne – alors absolu - de la raison divine, la confinant aux affaires spirituelles (…)

 

Comment la pensée rationnelle a-t-elle pu introduire la laïcité dans notre monde moderne ? Au moyen de la science et de la technologie, lesquelles ont aidé la pensé humaine à apporter une interprétation rationnelle à ce qui était jusqu’alors considéré comme un miracle (…) Descartes pensait que l’arc en ciel était un miracle divin (…) 

 

Contrairement au judaïsme et au christianisme, l’islam n’a pas encore connu sa réforme.

 

La laïcité comme système politique cohérent n’a jamais fait son apparition dans le monde arabe, souligne Lafif Lakhdar. La rencontre du monde arabe avec l’Europe, à travers le colonialisme, lui a apporté un certain degré de modernité, le poussant à abandonner certains aspects de l’Etat islamique théocratique, tels que  châtiments corporels et tribut[Jizyia] levé sur les non musulmans.  En Arabie Saoudite, qui n’a jamais été colonisée, les châtiments corporels existent toujours.

 

Jusqu’à présent, la laïcité n’a pas réussi à pénétrer suffisamment le monde arabe parce que l’islam n’a pas encore connu la réforme religieuse nécessaire, contrairement au judaïsme et au christianisme en Europe. Une religion qui subit des réformes est une religion moderne qui reconnaît la séparation de la religion et de l’Etat et accepte de se limiter à la sphère spirituelle, cédant à l’Etat la gestion des affaires temporelles.

 

La deuxième raison pour laquelle la laïcité comme système politique n’a pas réussi à percer [le monde arabe] est l’absence du courage politique des élites au pouvoir et aux affaires. L’islam n’a pas été réformé en Turquie (…) et malgré cela, sous la direction du musulman Kamal Atatürk est venue la fin de la théocratie ottomane – le califat –, et sur ses ruines s’est érigé un Etat qui assume son identité laïque. »

 

La laïcité n’est pas anti-religieuse

 

Lafif Lakhdar refuse l’argument islamique selon lequel la laïcité est par essence anti-religieuse : « Pour affirmer que la laïcité est anti-religieuse, il faut être ignorant de la définition du terme, telle qu’elle figure dans tous les dictionnaires d’Europe – berceau de la laïcité – ou bien il faut être malintentionné, comme le sont en effet plusieurs dirigeants de l’islam politique. » Ainsi, remarque-t-il, la laïcité est désormais ouverte. La neutralité de l’état français vis-à-vis de la religion ne la pas empêché de construire en 1920, la mosquée de Paris. De même, il prédit que la laïcité de l’Etat arabe à venir ne l’empêchera pas d’accorder une aide égale à tous ses citoyens, à l’instar de la Turquie laïque, dont la  constitution autorise la création de lieux de culte pour ses citoyens de toutes les religions.(…)

 

 Rien n’empêche un Etat laïque en terre d’islam d’enseigner le fait religieux  - s’il s’agit d’un enseignement religieux réformé. Dans le cadre d’un enseignement général moderne. La réforme de l’islam passe par l’enseignement du fait religieux, « à la lumière des sciences modernes : l’histoire comparée des religions, la sociologie des religions, la psychologie, l’anthropologie religieuse, l’herméneutique, la linguistique et la philosophie – susceptibles de développer la pensée critique des jeunes générations. »

 

« En Tunisie », souligne Lakhdar, « les étudiants de l’université religieuse la Zaytouna étudient la philosophie moderne et islamique pendant leurs quatre années d’études. Les étudiants des facultés scientifiques, ceux de la faculté de médecine compris, étudient la philosophie tout au long de leurs études. Rien de tel que la philosophie et les sciences humaines pour approfondir la réflexion face à la propagande politico-religieuse des islamistes. Ce type d’enseignement moderne religieux, réformé, n’est pas seulement souhaitable (…) ; il est indispensable pour immuniser la conscience musulmane traditionnelle et celle des générations montants contre le fanatisme, le terrorisme et la discrimination religieuse (…) »

 

La laïcité permet de rompre avec les aspects négatifs de l’islam et de renouer avec ses meilleures valeurs humaines

 

La laïcité implique une rupture avec l’islam ? A cette question, Lakhdar répond qu’il s’agit en vérité de rompre avec l’autocratie et la théocratie musulmanes, pour renouer, via la laïcité, avec nos meilleures valeurs culturelles comme la pensée mutazilite [rationaliste] et philosophique qui soumet à l’interprétation rationaliste notre texte fondateur (le Coran) ou  l’islam druze et soufi, qui, au Moyen-Age, avait aboli la charia des peines corporels et proclamé la séparation de la religion et du pouvoir.

 

D’après Lafif Lakhdar, bien que l’Etat musulman était théocratique du fait qu’il appliquait  la charia, la laïcité étant alors impensable, l’héritage musulman contient des traits laïques encore non explorés et non exploités. Il rapporte notamment l’histoire du Prophète Mahomet qui, apercevant des agriculteurs occupés à greffer leurs dattiers avec du pollen, leur suggéra de mettre fin à cette pratique. Ils l’écoutèrent, et les dattiers s’en trouvèrent endommagés. Ils allèrent s’en plaindre au Prophète, qui répondit : « Je suis votre prophète pour les affaires religieuses uniquement. Pour les affaires profanes, vous et moi sommes égaux. » Lakhdar explique que le Prophète a reconnu par là la séparation de la religion et de l’agriculture.

 

Il relate également l’histoire du Prophète demandant à son armée, lors de la Bataille de Badr [en l’an 624], de camper à un endroit donné, qu’il croyait fortifié. Un expert militaire parmi les Compagnons voulut savoir s’il s’agit d’une révélation ou d’une ruse militaire. Le Prophète répondit qu’il s’agit d’une ruse militaire. Alors, l’expert lui demanda de changer de campement afin d’interdire aux troupes ennemis l’accès à une source d’eau. Le Prophète suivit son conseil. En effet, l’armé de Quraysh vint à manquer d’eau, ce qui explique en partie sa défaite. Ainsi, conclut Lafif Lakhdar, le Prophète a aussi reconnu la nécessité de séparer le religieux du stratégique.

 

Depuis l’époque des premiers califes omeyyades, [661-680], poursuit Lakhdar, les califes n’officient plus, mais nomment des imams à cet effet – de nos jours seulement en Iran théocratique, les présidents de la République islamique dirigent encore la prière. Lakhdar explique que pendant 1400 ans, une division du travail  de fait c’est instauré, en Orient notamment, entre les califes et les Ouléma. Les califes s’arrogent la chose publique et les oulémas la chose religieuse. Cette séparation implicite fut abolie par l’islam wahhabite, et par l’islam politique, représenté par les Frères musulmans d’Egypte et leurs filiation dans les autres pays arabes  lesquels ont fondé des partis politico- religieux dont le but est la restauration du califat et l’établissement d’un gouvernement des théologiens pour la première fois dans l’histoire de l’islam sunnite.

 

Les islamistes pourraient devenir (à leur insu) les importateurs de la laïcité dans le monde arabe

 

Lafif Lakhdar affirme que les islamistes porteurs d’un projet de société théocratique, combattent la modernité et la laïcité vécues par eux comme une hérésie, comme une imitation, formellement interdite, du non musulman, comme l’obstacle majeur à l’instauration de leur Etat théocratique. D’après Lafif Lakhdar, leurs craintes sont justifiées car « aujourd’hui, la modernisation est une tendance historique irrésistible. Elle ne nous épargnerait probablement pas comme elle n’a pas épargné les eskimos. » Je risque dit Lakhdar, cette  hypothèse : les islamistes pourraient être l’instrument inconscient de l’histoire pour introduire la laïcité dans le monde arabe notamment dans les pays qui appliquent l’islamisme sans les islamistes ; A preuve en Iran après 25 ans de République islamique, 75% de la population et 86% des étudiants ne font plus la prière. Seuls 2% jeûnent pendant le Ramadan, alors qu’ils étaient bien plus nombreux à jeûner avant la Révolution islamique. Toutefois, Lakhdar croit que les pays musulmans qui craignent le changement et les réformes sont murs pour tomber entre les mains des islamistes. En effet, écrit-il, certain pays devrai réaliser l’islamisme pour le dépasser après avoir goûter à son fruit amer.

 

Seule la laïcité peut assurer la coexistence pacifique de toutes les composantes d'une société

 

La laïcité est essentielle pour les sociétés arabes, écrit Lakhdar, car elle permet la coexistence pacifique de toutes leurs composantes : « La plupart des sociétés se composent d’un grand nombre de religions, de groupes ethniques et d’écoles de pensée religieuses contradictoire, et parfois luttant les uns contre les autres. Si un pays adopte la religion, d’une partie de ses citoyens  au détriment des religions des autres citoyens, ces derniers se sentiront lésés, car ils ne se reconnaissent pas dans la religion  de l’Etat confessionnel.

 

L’issue de cette impasse lourde des guerres de religions, c’est la laïcité de l’Etat. Dans un pays laïc, le lien de citoyenneté ne se fonde pas sur l’appartenance religieuse ou autre, mais uniquement sur le contrat social. (…) Ainsi, l’Etat laïc tient sa légitimité uniquement du contrat social, et non de la religion, en organisant le vivre ensemble et en instaurant la paix entre ses différentes religions et cultures (…) La raison, c’est-à-dire l’intérêt commun, c’est ce qui peut constituer la base de la vie publique, aussi bien au sein de la société d’une nation que de la société des nations (…)

 

L’Etat laïque n’applique que la loi positive. Ainsi, il interdit l’excision, la lapidation pour adultère, et les autres châtiments barbares. L’application de la charia est d’or et déjà obsolète. 

 

De même, le choix d’une éducation islamique, voire djihadiste représenterait une provocation pour les citoyens non-musulmans, ainsi que pour les musulmans laïcs et éclairés. Il n’y a pas d’alternative à l’enseignement moderne ; persister à enseigner la charia et ses « science » relève de l’autopunition masochiste. C’est aller à contre - courant de l’esprit des temps.

 

De la nécessité d’une éducation moderne et de médias laïques

 

« La laïcité est la clé de la modernité politique (…) La foi du croyant ne concerne que lui-même et sa conscience, et n’affecte en rien ses droits et ses devoirs de citoyen. Le croyant pratique sa foi à la mosquée, à la synagogue ou à l’église, et le citoyen exerce ses droits et ses devoirs de citoyen dans tout le pays (…)

La question est de savoir comment parvenir à cette séparation vitale entre le croyant et le citoyen : comment parvenir à une citoyenneté moderne, qui ne connaît et ne reconnaît que l’appartenance à la nation? Comment faire en sorte que les pays arabo - musulmans n’applique que la loi positive? Avant tout, par l’introduction d’un enseignement moderne. La réforme de l’Islam passerait probablement par la modernisation de l’enseignement religieux (…) Deuxièmement, en acquerrant une chaîne satellite laïque qui sera en mesure de concurrencer la télévision islamique djihadiste Al-Jazira (…) En attendant d’en arriver là, il faut user abondamment de tous les médias et d’Internet (…)

 

La tâche centrale est de réformer l’islam au travers la réforme de l’enseignement et du discours religieux (…) La deuxième tâche consiste à se débarrasser du narcissisme religieux qui fait de l’islam la seule religion [vrai]. Le judaïsme et le christianisme ne seraient rien de plus que deux lois religieuses ayant préparer le terrain à l’avènement de la loi islamique, et l’islam les auraient abrogés et pris leur relève (…) Cette attitude de narcissisme religieux (…) explique en grande partie le terrorisme islamique et la résistance d’un nombre important de musulmans d’Occident à s’adapter aux valeurs des sociétés laïques de tradition chrétienne où ils vivent. (…) Le dialogue des religions est un antidote contre le narcissisme religieux  surtout en terre d’Islam. D’ou la nécessité impérieuse d’introduire le dialogue des cultures dans l’enseignement islamique. (…)

 

A cet effet, il fout engager le dialogue des religions avec le judaïsme et le christianisme au moyen de colloques et des débats médiatisés. Cela permettrait d’assurer la mise en place d’un discours interreligieux susceptible de faire comprendre aux musulmans que l’islam n’est qu’une religion parmi d’autres – et non la seule religion vrai, (…). Les traductions d’études portant sur d’autres religions (…) élargiront l’horizon des musulmans en leur permettant d’appréhender leur propre religion dans son contexte historique, où elle sera perçue – et relativisée - comme participant du phénomène         religieux en général. »

 

Le processus de laïcisation sera adapté à la situation des différents pays musulmans

 

Dans son analyse de la laïcité, Lafif Lakhdar ne passe pas sous silence les différences qui existent entre pays islamiques, et explique que le processus de laïcisation tient compte de ces différences : Tout Etat musulmans peut adopter la laïcité à son expérience historique. A condition de respecter les principes les plus basiques de la laïcité :

 

       Le principe d’une citoyenneté pour tous, permettant aux femmes de gouverner les hommes, et aux non-musulmans de gouverner les musulmans.Ce droit sera sans doute inapplicable au début, mais au fur et à mesure que la laïcité infiltrera la conscience islamique, il prendra toute sa place (…)                                                     

                                         

 

 

Le principe de reconnaître le droit de tous les citoyens à pratiquer leur, religion (…) et à construire des mosquées, des églises et des lieux de culte sans discrimination (…)

 

Le principe de l’application exclusive de la  loi positives dans tous les domaines de la société (…) A ce propos, je suggère que les intellectuels du monde arabe réclament l’intervention de  la société civile mondiale, les Nations unies, les médias mondiaux et la diplomatie internationale pour incriminer l’application des châtiments corporels islamiques. C’est  ce que j’avais déjà demandé en 2001, sur les antennes d’ Al-Jazira ; en conséquence le prince Khaled Ben Sultan m’interdit de plume dans le quotidien  Al-Hayat, dont il est le propriétaire.

 

Le principe de respecter la liberté de conscience et de religion. La liberté de religion et celle de pouvoir choisir librement sa religion ; la liberté de conscience est celle d’avoir ou non une religion (…)

 

Le principe de réformer l’éducation religieuse qui de nos jours transforme le petit musulman en un terroriste en puissance. Pour familiariser la conscience collective musulmane avec les valeurs universelles moderne, il faut introduire à l’école l’étude des droits de l’Homme comme c’est déjà le cas en Tunisie.  (…)

 

La laïcité dans les pays islamique s’introduit et se consolide par l’application de ces cinq principes.

 

Ceux qui sont menacés par la théocratie musulmane ont intérêt à propager la laïcité dans le monde arabe

 

La question, toute la question, est de savoir qui pourrait se charger de promouvoir la laïcité dans le monde arabe, Lafif Lakhdar estime que les régimes arabes discrédits, ne sont pas à même de la faire. Seules, les forces qui auraient intérêt à voir la société se laïciser peuvent la faire. C’est par elles que le changement peut intervenir, estime Lakhdar. Il s’agit, affirme-t-il, « des minorités ethniques, des minorités religieuses et des femmes, que les théocraties en place les a toutes privés des droits de la citoyenneté à part entière. »

A ces forces, il ajoute les écrivains, les scientifiques, les chercheurs, les artistes et leur public qui constitue le secteur instruit et éclairé des sociétés arabo-musulmanes.

Lafif Lakhdar n'ignore pas que ces forces sont encore faibles dans les sociétés musulmanes et insiste donc sur la nécessité de créer « un front mondial pour la diffusion de la laïcité dans les pays islamiques. » Il souligne que le monde entier a en effet intérêt à la création d'un tel front, puisqu’il est de son intérêt  « d’assécher les sources du terrorisme islamique».Dont celles du discours religieux traditionaliste ou djihadiste qui sévit dans l’éducation notamment religieuse.

 Lakhdar appelle donc les organisations mondiales et internationales à « considérer l'instruction religieuse de la plupart des pays arabes et islamiques comme vivier du terrorisme, et beaucoup de medias religieux comme incitant à la haine et à la discrimination religieuse. » En outre, il estime que « le partenariat entre l'Europe et les pays arabes, entre ces dénies et les Etats-Unis, devraient comporter des clauses interdisant la discrimination religieuse à l’encontre des femmes et des non-musulmans. »

En cas d’avènement des islamistes au pouvoir, Lafif Lakhdar, suggère que le Conseil de sécurité de l’ONU ou  l’OTAN décident d'intervenir militairement dans les quatre cas
suivants :

a)      si les islamistes entreprennent de lapider les femmes ;
b)      s'ils organisent des massacres des minorités religieuses ou ethniques ;
c)      s'ils démantèlent l'armée nationale pour la remplacer par des milices islamistes ;
d)      s'ils refusent l’alternance démocratique.

 

 

* Alluma Dankowitz est directrice du projet de documentation sur la Réforme de MEMRI

 

[1] http://www.elaph.com/ElaphWriter/2005/4/57653.htm, le 24 avril 2005

http://www.metransparent.com/texts/lafif_lakhdar_secularism_key_to_full_citizenship.htm,

Al-Ahdath Al-Maghribiyya (Maroc), le 25 avril 2005.  

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