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55 millions la prière, même pour l’Aïd et surtout en Syrie, c’est cher…

dimanche 13 novembre 2011



Il n’aura pas échappé à ceux qui gardent un œil sur les activités du chef de l’Etat syrien, que Bachar Al Assad s’est rendu dans la ville de Raqqa, dimanche 6 novembre au matin, pour participer à la prière de l’Aïd al Adha, la Fête du Sacrifice qui marque partout dans le monde musulman la fin du pèlerinage à la Mecque. Entouré du ministre des Awqafs, Mohammed Abdel-Sattar Al Sayyed, et du mufti général de la République, le cheykh Ahmed Badreddin Hassoun, il y a pieusement écouté, dans la mosquée Al Nour du quartier Al Dar’iya, le prône du cheykh Abdel-Azim Chaykho, imam des lieux.

Bachar Al Assad entouré d’Abdel-Sattar Al Sayyed et Ahmed Hassoun

La ville et la mosquée choisies pour l’occasion ne doivent rien au hasard. Raqqa, comme les Syriens ont pu le constater depuis le début du mouvement de contestation dans le pays, n’a pas connu les manifestations de masse dont la plupart des autres agglomérations syriennes ont été le théâtre. Ce qui explique que, de toutes les villes à majorité sunnite de Syrie, elle est celle qui avait connu, à la mi-septembre, avec 8 décès répertoriés, le plus petit nombre de victimes. Quant à la mosquée Al Nour, elle présente un gros avantage : avec sa taille réduite, elle ne peut accueillir qu’un nombre très limité de fidèles… ce qui facilite la surveillance des lieux et offre des garanties très satisfaisantes de sécurité. Cela valait donc la peine, en ces temps troublés, de parcourir les 400 kilomètres qui séparent la capitale de Raqqa, une ville depuis toujours négligée par le pouvoir central, à laquelle il était temps de signifier la gratitude des autorités pour son relatif immobilisme.

Au terme de la prière, le chef de l’Etat s’est montré au balcon du gouvernorat... dont le style iranien montre à la générosité de quels amis de la Syrie il est dû. La foule massée à ses pieds ne présentait pour lui guère de dangers supplémentaires. Sagement circonscrite à quelques centaines d’individus (d’autres photos se trouvent ici), elle était encadrée et les moyens nécessaires avaient été mis en œuvre pour prévenir la présence en son sein de perturbateurs. On conçoit que, dans les circonstances actuelles et en dépit de ses limites, une semblable manifestation n’aurait pu se tenir nulle part ailleurs.

Bachar Al Assad acclamé au balcon du gouvernorat de Raqqa

Comme l’atteste le document figurant ci-dessous, les moukhabarat avaient pris leurs précautions. Pour ne rien laisser au hasard, ils avaient fait procéder à la distribution de sommes conséquentes à certains notables locaux, à charge pour eux de financer la présence et la participation d’un nombre suffisant et contrôlable de figurants à l’allégeance indubitable.

Ce document émane du Service des Moukhabarat, au sein du Commandement général de l’Armée et des Forces armées syriennes. Il informe le gouverneur de Raqqa, Adnan Al Sikhni, qu’une somme de 55 millions de livres syriennes (LS) a été transférée sur les comptes de l’agence locale de la Banque commerciale de Syrie. Il lui incombe de vérifier qu’elle a bien été remise à ses destinataires : le député Mohammed Faysal Mohammed Al Houwaydi, cheykh de la tribu des Al Sabkha (20 millions de LS), le député Abdel-Mohsen Anwar Rakan Al Saw’an, cheykh de la tribu des Al Afadleh (20 millions de LS), le cheykh Mohammed Ismaïl Al Berri, de la tribu des Al Bou Khamis (5 millions de LS), et le cheykh Khalil Ibrahim Al Kachcheh, de la tribu des Al Majadmeh (5 millions de LS). Les 5 millions supplémentaires doivent "rester en dépôt pour parer à toute éventualité".

Les ressources de la Syrie ont été fortement érodées au cours des derniers mois. D’une part, en raison des sanctions internationales imposées au pays pour le comportement humainement inacceptable de ses responsables. D’autre part, à cause du coût prohibitif de la rémunération versée aux quelques dizaines de milliers de chabbiha, qui ne mettent pas gratuitement à la disposition du régime leurs multiples talents. Les services de ces mercenaires sont rémunérés sur la base de quelque 3 000 LS/jour en semaine… et davantage le vendredi et les jours fériés, dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas 15 000 LS/mois. On imagine donc aisément que cette générosité avait une contrepartie. De fait, il était demandé à ses bénéficiaires de mobiliser les membres de leur tribu et d’assurer leur présence enthousiaste et disciplinée lors de la venue du chef de l’Etat.

On ajoutera que les deux premiers, au moins, n’étaient pas en mesure de refuser le petit service qui leur était si gentiment demandé, compte-tenu de la manière plus que douteuse dont ils avaient été "élus" à l’Assemblée du Peuple lors des législatives des 22 et 23 avril 2007. Ce n’est pas dans les urnes qu’ils avaient conquis les deux uniques sièges réservés aux candidats dits "indépendants" dans le gouvernorat, les six autres étant préemptés et automatiquement affectés à des candidats du Parti Baath au pouvoir et de ses alliés du Front National Progressiste. Ils avaient été déclarés vainqueurs par une décision prise sur place par le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Bassam Abdel-Majid, soucieux de rétablir au plus vite une situation qui avait déjà plus que dégénéré et qui avait contraint l’armée à intervenir pour ramener le calme. Il avait sagement considéré que les députés légitimes étaient les cheykhs dont les tribus étaient… les plus nombreuses et les plus puissantes. Même un site internet aussi proche du régime syrien que Syria-News de Nidal Maalouf s’était alors ému de cette affaire.

Que Bachar Al Assad, qui se disait encore récemment "populaire", à défaut de pouvoir se dire légitime, compte partout en Syrie de nombreux partisans est indubitable. Mais apparemment cela ne suffit pas à rassurer ceux qui ont pour mission de garantir la protection et la sécurité du chef de l’Etat. Ils préfèrent ne s’en remettre qu’à eux-mêmes et à leurs clients pour mettre en scène cette "popularité" et en choisir les figurants.

Quant aux autres Syriens, touchés par la crise et affamés au sens propre du terme dans certaines régions - comme la bande frontière séparant la Syrie de la Turquie - par les forces dites de l’ordre, ils considèrent que, dans les circonstances actuelles, 55 millions de LS la prière, même pour l’Aïd c’est cher…

http://syrie.blog.lemonde.fr/


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