08 mars 2005

   

 

N’allez pas croire qu’il y ait une jeune garde à Damas !  

Samir Kassir

 

 

 Dès que Bachar El-Assad, succédant à son père [en 1999], s’est installé à la tête de la Syrie et de son annexe libanaise, ses partisans (à l’intérieur du pays comme au Liban) ont inventé une thèse selon laquelle il y aurait une jeune garde attachée aux réformes, en opposition à la vieille garde qui, elle, chercherait à empêcher tout renouveau. Ces allégations ont reçu le soutien délibéré, dans le monde arabe et en Occident, de nombreux amis du jeune président syrien, soucieux de son avenir. Or, pour que cela se vérifie, il aurait fallu que le nouveau pouvoir hérité fasse montre de ses bonnes intentions. Au lieu de cela, il s’est empressé de s’attaquer à ceux-là mêmes qui avaient cru à son désir supposé de réforme. Ces derniers se sont heurtés non seulement à l’état-major de l’ancien président Hafez El-Assad, mais surtout à l’entourage direct de Bachar El-Assad, ses proches et ses amis personnels. De toute façon, après l’assassinat de Rafic Hariri, les bonnes intentions ne sont plus de mise.

Dans certains milieux arabes, on invoque pour excuser ce crime odieux la naïveté du nouvel homme fort de Damas, qui n’aurait pas réussi à se dégager des pressions de la vieille garde. Mais cela s’avère inutile. En prétextant de la puissance de la vieille garde, on finit par banaliser le crime et par blanchir les criminels. Si le meurtre de Rafic Hariri prouve quelque chose, c’est bien l’absurdité de la thèse qui veut qu’il y ait à Damas une jeune garde désireuse de s’adapter au monde moderne. Il n’est même pas nécessaire de prouver les accusations avancées par le journal koweïtien

 

Al-Seyassah contre de hauts responsables des services secrets syriens qui seraient de la même génération que Bachar El-Assad, avec la même expérience et issus des mêmes cercles [voir ci-contre]. Point n’est besoin de démontrer l’implication de ces personnages, car le comportement du pouvoir assadien, depuis l’attentat de Beyrouth, suffit à montrer l’enlisement de cette nouvelle génération dans des pratiques d’une autre époque – mais avec moins de rationalité que leurs aînés. On peut donc inverser la théorie répandue et dire que c’est plutôt le caractère hasardeux de la politique du pouvoir baasiste ces derniers mois qui permet d’affirmer qu’elle a été menée par la nouvelle génération et en aucun cas par l’ancienne.

 

Nul n’est donc excusable, et surtout pas les régimes arabes en place, qui cherchent à minimiser la responsabilité du pouvoir syrien dans le comportement criminel qui s’est manifesté au Liban. Quel que soit l’angle d’observation : stratégique, militaire, idéologique ou culturel, il n’y a plus rien de bon à attendre de ce régime révolu.

 

On ne peut bien sûr pas demander aux régimes arabes existants de sympathiser avec le sursaut démocratique qui secoue actuellement le Liban. Pourtant, ils devraient être capables de comprendre l’importance d’un recouvrement par le Liban de sa tradition démocratique, même partielle, à l’heure où l’on ne parle plus de démocratie pour le monde arabe que sous sa forme “importée” [imposée de l’étranger].

 

Cela suppose avant tout de corriger le sens des interventions arabes en direction du régime syrien. Au lieu de tenter de le soustraire au jugement de la communauté internationale, les pays arabes devraient au contraire le pousser à exécuter rapidement son retrait du Liban.

 

Par ailleurs, cela n’aide en rien la cause du Liban que des jeunes de l’opposition libanaise en arrivent à croire que l’indépendance nationale se fera par le retour à un isolement du Liban [de son environnement arabe]. Au contraire, une avancée vers la souveraineté n’aurait vraiment d’importance que si elle étend au monde arabe l’exigence de démocratie. Quant à se laisser porter par des slogans proches du racisme qui établissent une opposition éternelle entre Libanais et Syriens, cela ne pourra que servir des politiques révolues, qu’elles soient exécutées par une jeune ou une vieille garde !  

 

An Nahar 

 

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