30 janvier 2007

 

 

 

 

 

L’exception libanaise est une utopie !

Bélinda Ibrahim

 

N’en déplaise à ceux qui brandissent encore ce mot pour défendre l’indéfendable, il est temps de cesser de nous leurrer et- avec nous- de leurrer le monde entier avec une chimère. L’exception libanaise n’existe tout simplement pas ; pas plus que rien d’exceptionnel provenant d’un Liban pluriel n’a jamais forcé l’admiration de quiconque depuis l’existence de ce pays dont la structure a été soudée dans une coexistence forcée. Forcée, subie et maintes fois rejetée comme le témoignent les incessants conflits internes qui ont jalonné son histoire.

Retirons au Liban ce vernis reluisant qui ne lui sied qu’au regard des autres. Il ne bluffe plus personne. Avant tout lui-même. L’image que lui renvoie le reflet de son miroir sans tain est celui d’un pays livré à la mauvaise foi de ses leaders qui prétendent vouloir lui éviter la guerre civile tout en faisant par ailleurs tout ce qu’il faut pour qu’elle devienne inévitable. Voire nécessaire. Que tous ces pseudos patriotes, soudainement amoureux fous de leur pays aillent décompter leur arsenal qui arrive à grand coup de renforts et cessent de nous faire avaler leurs trop grosses couleuvres. Dans leur tentative vaine et désespérée de redorer leur blason au nom d’un patriotisme édulcoré, ils devraient néanmoins tenir compte de la mémoire du peuple ; ce peuple qui n’a rien oublié, et qui n’oubliera jamais ce qu’on lui a fait subir et que l’on s’apprête à lui servir de nouveau !? Que ces agitateurs qui ont la mémoire courte lorsqu’il s’agit de recourir à la violence ou de mener des guerres dont ils ne seront pas victimes eux-mêmes puisque tapis dans leurs états majors, forteresses blindées et inviolables, fustigeant leurs ordres à ceux qui se feront tuer ou blesser au nom de piètres et sordides « causes » se mettent bien en tête que le peuple, lui, ne veut rien de tout cela, n’a jamais rien voulu de tout cela. Ce peuple longtemps traumatisé dans son esprit, dans sa chair et dans ses biens n’a pas oublié. N’oubliera jamais. Alors, honte à tous ceux qui entraînent le Liban contre le gré de ses habitants vers l’abîme. Il doit quand même bien y avoir des compromis possibles entre l’amour et la haine ; entre la coexistence idéale et le rejet de l’autre. (J’oubliais que ce genre de décisions n’appartenait pas aux libanais mais au bon vouloir de la Syrie de l’Iran, des USA et de toutes les bonnes ou mauvaises conjonctures internationales…)

Quant à ceux qui évoquent le Liban comme une entité indissociable, un modèle de convivialité, une référence multiconfessionnelle, ils se plantent. Les libanais n’ont jamais été unis. Ils ne le seront jamais. Au mieux, ils se tolèrent comme de bons vieux ennemis intimes. Ce qu’ils sont d’ailleurs. Et il serait grand temps de l’admettre.

 

belinda@dm.net.lb

 

* Beyrouth

 

Vos Commentaires

 

"liliane assi" <lilianeassi@hotmail.fr> 

Date: Wed, 31 Jan 2007 16:33:52 +0100

    Pour une fois chère Belinda... nous sommes d'accord.

Tony ASSI